Sur scène, David Byrne fait revivre son partenariat créatif avec Brian Eno

Via Le Monde

By Stéphane Davet

Sur la façade de l'Olympia, le nom de David Byrne se découpait, le 25 mars, en lettres de néons rouges, avec en sous-titre "Songs of David Byrne and Brian Eno". Ce concert parisien était la seule étape française printanière - avant un retour, le 30 juillet, à Lyon, aux Nuits de Fourvière - de la tournée internationale de l'ancien leader du groupe new-yorkais Talking Heads, dont un album enregistré avec le producteur, compositeur, claviériste et designer sonore britannique, Brian Eno, Everything That Happens Will Happen Today, était sorti fin 2008 (Le Monde du 28 novembre 2008).

Près de trente ans que ces deux-là ne s'étaient pas retrouvés. Si Eno ne participe pas à la tournée, Byrne profite de l'occasion pour rappeler que leur collaboration - trois albums des Talking Heads produits par Eno entre 1978 et 1980, et un premier album Eno/Byrne, My Life in the Bush of Ghosts, paru en 1981 - fut l'une des plus créatives de l'histoire du rock.

Après son travail avec David Bowie, Eno s'imposait là comme un producteur visionnaire, plus tard utilisé par U2 et Coldplay. Grâce à l'ancien claviériste de Roxy Music, les "têtes parlantes" et Byrne ouvraient leurs angoisses post-punk au funk et aux rythmes de l'Afrique, et s'initiaient en pionniers à l'échantillonnage.

LE POUVOIR DES RYTHMES

Au début des Talking Heads, le blanc évoquait néons blafards, raideur, tensions anguleuses. Sur la scène de l'Olympia, le blanc qui habille les onze musiciens, choristes et danseurs de la tête aux pieds, devient synonyme de luminosité festive. A 57 ans, la gaucherie de David Byrne a gagné en souriante nonchalance.

L'essentiel du partenariat avec Eno s'est concentré sur le pouvoir des rythmes. Une obsession que le chanteur a prolongée ensuite en se passionnant pour les musiques latines (au sein, en particulier, de son label Luaka Bop). Au début du concert, Byrne entraîne ses vieilles chansons vers cette décontraction latino, aidé en cela par son percussionniste brésilien, Mauro Refosco. Puis l'adaptation de Help Me Somebody, l'un des titres de My Life in the Bush of Ghosts, insuffle au concert le tranchant qui finissait par manquer. A l'origine, toutes les voix de cet album étaient constituées de "samples". Cette fois, c'est Byrne qui reprend celle volée jadis à un prêcheur fou.

Le show s'équilibre alors parfaitement entre hédonisme, intensité urbaine et les moments rêveurs deEverything That Happens plus tourné vers une pop élégiaque. Si chacun des albums de la période Eno/Heads a droit à ses extraits - Life During Wartime tiré de Fear of Music, Take Me to the River, reprise d'Al Green, de More Songs About Buildings and Food -, c'est Remain in Light (1980) qui est le mieux représenté. Sans doute parce que ce disque demeure un chef-d'oeuvre inégalé de fusions entre psalmodies primitives et funk futuriste.

Infatigable danseur, chanteur désormais capable d'élargir le spectre de sa voix étranglée, Byrne se permettra un écart lors du troisième des quatre rappels, en reprenant Burning Down The House, tube des Talking Heads ne devant rien à Eno.

December Radio David Byrne Presents: Arabia

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